lundi 28 janvier 2008

De bonne heure et de bonne humeur

Vingt-huit ans que le mot "sport" est banni de mon vocabulaire. Pourtant, après un long travail au corps et à l'esprit, je m'étais résolue à me jeter à l'eau. L'expression est impropre, d'ailleurs : je n'ai jamais eu l'intention d'aller à la piscine, mais plutôt de faire un jogging. Mon pèse-personne et mes jeans s'étant mis d'accord pour trahir mon laisser-aller physique et alimentaire, je m'étais persuadée que remuer tout ça ne pouvait que me faire du bien.
Bref, j'étais psychologiquement prête à affronter le froid, les douleurs, l'essoufflement, la sueur, les crampes, et autres petits plaisirs du sport pratiqué régulièrement… D'autant que la conjoncture des astres allait dans mon sens : avec deux classes en stage, je voyais ma matinée du lundi libérée de toute activité professionnelle. En commençant ma semaine avec un petit jogging matinal, j'allais m'ouvrir les portes sur une vie nouvelle.

Pour comprendre toute l'importance de cette démarche, il faut me connaître un petit peu. A défaut, il faut savoir que le sport, plus que les maths ou la physique, ont toujours été ma bête noire à l'école. Sept ans de collège-lycée à inventer des dispenses, à oublier mes affaires, à essayer de me faire mal dans les trois premières minutes de cours pour ne pas avoir à en subir les 117 suivantes. Tout un art.
Face à cette raideur de caractère, mes chers parents, désemparés, ont tenté de m'assouplir. Ca a commencé par des séances de kiné – une heure de torture hebdomadaire pour un résultat proche de zéro. On a alors tenté la danse classique. Je ne manquais pas de grâce… tant qu'on ne me faisait bouger que les bras. Le tutu ne m'allant pas vraiment au teint, j'ai opté pour la danse contemporaine. Et j'ai enfin compris que le problème ne venait pas de la tenue. A défaut de me sentir plus à l'aise avec mon corps, j'avais au moins appris à ne pas mourir de ridicule.
Mes exploits sportifs auraient pu s'arrêter là, mais j'ai finalement trouvé ma voie en pratiquant l'équitation. Bon, j'étais plus à l'aise à curer les boxes qu'à monter en selle, mais n'empêche que je m'épanouissais. Jusqu'à ce qu'un imbécile de cheval m'explose le dos sur un obstacle. Avec une vertèbre fêlée et un joli tassement de colonne, j'avais au moins gagné ma dispense officielle de sport scolaire pour une année. Mais face à tant de prouesses, et parce qu'ils ne voulaient sans doute pas me voir participer aux prochains jeux paralympiques, mes parents m'ont encouragée à poursuivre la flûte – moins de dangers tout de même !

Plus de dix ans se sont écoulés. Mais j'allais enfin changer le cours de ce destin. Sauf que de retour chez moi après avoir déposé les filles à l'école, je me suis souvenue qu'un paquet de copies m'attendait dans mon cartable. Et que mes élèves de secondes seraient sans doute ravis d'avoir le contrôle que je leur ai promis. Et que je devais téléphoner aux tuteurs de mes élèves en stage. Et que la nounou de mes filles attendait son bulletin de salaire pour ce soir. Et… et… et ma foi, je repousse le jogging à lundi prochain.

12 commentaires:

Anouschka a dit…

Le truc c'est d'être déjà parée quand tu emmènes les filles à l'école et d'y aller direct (et surtout, de ne pas s'arrêter à la boulangerie avant le footing) ;)
PS - c'est marrant, en général, c'est quand je vois mes copies que je ressens le besoin délirant d'aller courir...

DdM a dit…

Anouschka > Ce besoin délirant d'aller courir, je l'éprouve maintenant que les copies sont corrigées... et que je me dis qu'il faut que je change de métier !

bruno a dit…

.. prenez quand même le temps de faire cuire vos saucisses.
C'est fou, tout ce que vous avez en commun.
Pourquoi de temps en temps ne vous feriez-vous pas un petit colis pour échanger un chou contre des pommes de terres ?

DdM a dit…

Bruno > Anouschka a un potager ?

bruno a dit…

.. je pense, comme toutes les jeunes profs, un Picard .. où elle fonçe en courant entre le bennage d'Ella et ses cours, ce qu'elle appelle "être déjà parée" : dormir en basket.

DdM a dit…

Bruno > :))
C'est ça le truc ! On passe notre temps à courir... à quoi bon se torturer en joggant ?

bruno a dit…

.. question de langue ..
Tu peux jogger à perdre haleine, après les garçons, comme une dératée, à fond de train ou ventre à terre .. mais aussi partir à point ; )

DdM a dit…

Bruno > Partir à point... ou ne pas partir ;)

bruno a dit…

.. repartir ? ; )

BZH Matth a dit…

A voir le temps (imparfait) utilisé au début, j'ai deviné la fin :-D.

DdM a dit…

BZH Matth > Attentif au moindre détail, n'est-ce pas ?!

BZH Matth a dit…

Je ne nierais pas (conditionnel) ;-)
Je pense que la grammaire est une chanson douce... ;-)